Baguenaude

Saint-Germain-Ouest—Saint-Germain Grande Ceinture

Marc André Dubout

La ligne Saint-Germain-Ouest—Saint-Germain-Grande-Ceinture est une ligne navette décidée en 1879 et déclarée d'utilité public en 1880, pour raccorder les deux gares distantes de seulement 2,8 kilomètres.
Inscrite dans le cadre du plan Freycinet, elle a été créée dans un but stratégique en vue de relier la Grande Ceinture (CG) vers Paris-Saint-Lazare. Une autre volonté était de relier Versailles (préfecture de la Seine & Oise) à Saint-Germain-en-Laye (sous-préfecture).
Construite à double voie par l'État, et ouverte le 30 novembre 1882, son statut de chemins de fer est d’intérêt général. Elle de suite rétrocédée à la Compagnie de l'Ouest
L'année suivante, 25 trains Saint-Lazare—Saint-Germain-Ouest entrent en exploitation. Neuf d'entre eux sont en correspondance avec le navettes GC. Saint-Germain-en-Laye bénéficie de surcroît d'une liaison sans changement Paris—Saint-Cloud—Saint-Nom-la-Bretêche—Saint-Germain-GC—Saint-Germain-Ouest qui sera supprimée en 1937
L'exposition universelle de 1889 incite la Compagnie de l'Ouest à électrifier la ligne qui servira de terrain d'essai pour la jeune traction électrique. La Compagnie de l'Ouest commande à l'ingénieur Heilmann1 une machine thermo-électrique (qui produit son propre courant à partir de la vapeur) mais le rendement se révélant médiocre, l'expérience s'arrêta pour laisser place au tout électrique. Natalis Mazen2, installe un troisième rail3 conducteur de courant délivrant une tension de 400 volts, cette expérience dura de 1895 à 1900.
La force motrice était produite par trois chaudières Niclausse4 qui alimentaient en vapeur deux machines Willans5, actionnant une dynamo. Les services auxiliaires étaient pris en charge par un groupe secondaire Willans de 30 KW à 540 T/mn.
Trois locomoteurs6 expérimentaux de 100 chevaux sont mis à l'essai en 1899 sous la direction de l'ingénieur du matériel Natalis Mazen : deux de type 0D0 à quatre essieux rigides, utilisant les moteurs de traction de la locomotive prototype thermo-électrique Heilmann, et un de type BB à deux bogies. Mais en septembre 1899, une grave avarie aux chaudières interrompt définitivement l'expérimentation. Elle est toutefois concluante pour la Compagnie de l'Ouest, qui met en œuvre la traction électrique sur la ligne des Invalides—Versailles-Rive-Gauche dès son ouverture à partir d'avril 1900.
En 1927, suite à l'électrification de la ligne Paris-Saint-Lazare—Saint-Germain-Ouest, la compagnie change la tension pour du 650 volts et des navettes électriques assurent alors la liaison entre les deux gares Saint-Germain-en-Laye (1847) et Saint-Germain Grande Ceinture (1882).
Par manque de voyageurs et à cause de la concurrence des bus, la ligne est fermée au trafic en octobre 1936, puis déferrée après la Libération. La plate-forme est restée en place à l'exception du tissus urbain de la partie Nord de Saint-Germain-en-Laye.

De  Saint-Germain-en-Laye à Saint-Germain Grande Ceinture

78stgermain03b.jpg (64814 octets)La gare de Saint-Germain-Ouest est une gare terminus en impasse de la ligne Paris-Saint-Lazare—Saint-Germain-en-Laye.
Le bâtiment voyageurs a été construit en 1847, dix ans après le prolongement du Pecq à Saint-Germain qui passait sur le viaduc au-dessus de la Seine pour ensuite gravir le coteau (rampe de 25 à 30 %
o).
La façade arrondie et de style classique permettait d'accéder dans la salle des pas-perdus, les voies étant au niveau inférieur pour des raisons esthétiques en proximité immédiate du château.
Sur la photo de droite, prise en hauteur, on voit bien que cette différence de niveau masque bien le plan des voies, invisible du sol.

 

L'intérieur de la gare en contre-bas a un plan de voies fourni. Avec l'électrification en 1927, on aurait pu imaginer une dalle recouvrant l'ensemble, tout en conservant les quais.
Les voitures avec de petits lanterneaux étaient des voitures-bar, comme c'était l'usage à l'époque7

Noter la présence de voitures dites "Bidel" de deux types semi-ouvertes et fermées.

 

 

Les voies de la section Paris-Saint-Lazare avec des voitures encore dans l'esprit des premières voiture de chemin de fer, ressemblant à des diligences et d'autres surmontées d'une impériale comme cela se faisait à l'époque.
La locomotive manœuvre sur la voie de raccordement Ouest/Ceinture.

 

Plan supposé des voies en gare de Saint-Germain-Ouest.

Bien évidemment le plan des voies a été remanié suite à la suppression de la ligne Saint-Germain-Ouest—Saint-Germain-GC.
Aujourd'hui avec le RER il n'y a plus que trois voies en impasse.

 

 

Deux vues de l'intérieur de la gare.
Sur la photo de gauche, on voit à gauche, sous le portique de signalisation, les quatre voies de Paris-Saint-Lazare, abritées par une verrière. La 5ème voie est une voie de garage. Celle d'à côté, à gauche de la marquise est la voie de raccordement Ouest/Ceinture. Les trois de droite sont celles de la Grande Ceinture plus modestement protégées par une simple marquise abritant un quai.
Sur la photo de droite (vue en direction opposée), c'est le contraire. À gauche sous le pont les voies vers la GC et à droite sous le portique celles de Saint-Lazare. Au centre la voie de raccordement sur la quelle transfère une rame marchandises.

Photo plus tardive (1927) avec une rame "Standard" électrifiée par troisième rail (750 Volts).
Cette configuration a disparu avec la création du RER en 1972 avec la création du tronçon Nanterre-Université—Saint-Germain-en-Laye, rétrocédé à la RATP.
Noter la voie Decauville sur le quai.

 

 

La ligne au départ de Saint-Germain-Ouest, passe sous la terrasse du château de St-Germain et laisse à droite la ligne de l'Ouest pour s'infléchir vers le Nord-Ouest.
Vue de la terrasse du château, on voit à droite la double voie de la ligne Paris-Saint-Lazare—Saint-Germain-en-Laye en déblai courbe.
À gauche se détache la voie vers St-Germain-GC et des voies de services aboutissant à un modeste dépôt et l'usine électrique construite pour l'alimentation du troisième rail.
À l'extrême gauche l'ancien bâtiment de l'usine du chemin de fer atmosphérique8.

Sur cette photo aérienne on voit bien la séparation des lignes St-Germain-Ouest—Saint-Germain-GC et Saint-Germain—Paris-Saint-Lazare.

Photo Géoportail - 1933

 

La ligne quitte alors le tissus urbain et s'enfonce dans la forêt de St-Germain en courbe vers le Nord-Ouest, traverse par deux passages supérieurs les routes de Maisons-Laffitte et des Loges dont on voit les clichés
Sur les deux clichés de gauche, la ligne se dirige sur la gauche vers St-Germain-GC, sur celui de droite la vue est prise dans l'autre sens. Au fond on distingue à peine le château .

 

st-germain_11a.jpg (70754 octets)78stgermain11.jpg (72320 octets)En forêt elle passe à côté du Camps des Loges (militaire) où elle dessert la station Les Sports. Elle franchit à niveau la route départementale 190 avant de frôler le Sud du champ de manœuvre, devenu depuis le camp des Loges9...

Photo Géoportail - 1933

... et rejoint ensuite la GC, traverse les voies de services avant d'entrer en gare Saint-Germain-CG.

Elle s'incurve vers l'Ouest, coupe la route de Saint-Germain à Poissy par un passage à niveau à barrières roulantes.

À gauche les barrières ferment la route et le train des Chemins de fer de Grande banlieue (CGB) attend le passage  du train.
À droite la barrière est ouverte et le CGB peut traverser le voies à niveau.

En 1910, le passage à niveau de la route Poissy avec un train CGB en direction de Poissy.

Enfin la ligne rejoint la GC sur le faisceau des voies de garage avant d'entrer en gare.

Photo Géoportail - 1933

 

 

La gare St-Germain GC, côté place.

 

 

 

La gare St-Germain GC, côté voies, vue en direction d'Achères.
L'ouverture de la gare en 1882 correspond à celle de la section de Noisy-le-Sec au Bourget et Achères de la ligne de la GC de Paris.

 

Et aujourd'hui ?

Aujourd'hui, il ne reste que la plate-forme et encore; par endroits, elle se s'efface dans la forêt du moins en suivant sa trace je l'ai perdue.
Difficile de situer où elle sortait du tunnel que l'on voit sur une des cartes postales car le site a été fortement remanié. On peut juste deviner. Sur cette photo, on voit en lisière à droite la ligne de Saint Lazare qui commence sa descente vers la Seine. Les voies de la GC se trouvaient plus vers la gauche mais devaient être sorties avant le remblai à gauche pour garder le niveau.

st-germain_19.jpg (64016 octets)Elle passait derrière l'actuelle piscine qui n'existait pas à cette époque et s'enfonçait en forêt vers le Nord-Ouest en remblai pour traverser les routes de Maisons-Laffitte et des Loges.
À droite le remblai juste avant la traversée par un pont supérieur de la route des Loges et sous le remblai un ponceau pour l'écoulement des eaux.

st-germain_22.jpg (57887 octets)Une des culées du pont de la route des Loges, envahie par le lierre qui la masque bien. Impossible, même pour l'œil averti de savoir qu'il y a une culée derrière.
En revanche à coté on voit bien les maçonneries en bon état du chemin latéral à la route.

 

La plate-forme continue en forêt toujours en remblai qui s'atténue en avançant. Puis on arrive à la passerelle qui annonçait la seule halte de la ligne, la Halte des Sports. En effet à cet endroit il existe toujours en forêt un important centre sportif toujours actif. Il reste une maçonnerie de siphon qui traversait la plate-forme, mais les quais ont complètement disparus.
La plate-forme à niveau continue en léger déblai et sa trace se perd, même les fossés latéraux disparaissent et arrivé à une petite route... plus rien, il faut renoncer.

st-germain_28.jpg (43423 octets)Quelques centaines de mètres plus loin en marchant dans la direction je tombe sur l'unique passage à niveau avec la route de Poissy le PN 1 au milieu des travaux du tramway T13 qui intercepte la Grande Ceinture.

 

 

Encore une petite centaine de mètres et je tombe sur la Grande Ceinture en direction de Poissy.

 

 

Malheureusement en direction de la gare (direction de Versailles) la coupure est franche. Coté intérieur la voie est sectionnée.
La voie extérieure l'est un peu plus loin, juste de quoi donner accès au train pour l'enlèvement des traverses et rails.

 

 

Impossible d'aller plus loin à cause des travaux du T13. Il me reste un centaine de mètres pour atteindre le BV, par la route cette fois.

 

 

Voilà on a supprimé cette liaison séculaire pour aujourd'hui la recréer en version tramways.
Quelques photos du T13 en construction

Notes :
  • 1 Jean-Jacques Heilmann (1853-1922) est un ingénieur et inventeur français originaire de Pau, connu pour avoir inventé et breveté le principe du fonctionnement électrique d'une locomotive
  • 2 Natalis Mazen (1863-1934), ingénieur en charge de l'électrification par troisième rail de la Compagnie Ouest.
  • 3 À l'origine le rail conducteur était positionné au centre de le voie, puis déplacé latéralement à cause des courts-circuits occasionnés par les projections d'eau des locomotives à vapeur, ainsi que les attelages à choquelles non positionnés réglementairement.

    4 Chaudière Niclausse, chaudière de conception française, utilisé à la fois pour les machine fixe et les machines marines. Elle met en oeuvre de longs tubes inclinés. Ces tubes extérieurs sont reliés entre eux à leur extrémité supérieure.

    5 Machine Willans 
    à distribution par valve centrale. Elle est à simple effet et travaille à la descente, les coussinets travaillent comme la tige du piston, à la compression touours dans le même sens.
  • 6 Locomoteur
  • 7 Le tramway Paris—Saint-Germain avait aussi une voiture-bar incluse dans sa rame.

  • 8Le chemin de fer atmosphérique (1847-1860) dont les travaux ont été dirigés par Eugène Flachat relia Le Pecq, à la place du Château à Saint-Germain.
    Un tube, en fonte de 63 cm. de diamètre placé le long de la voie, dans lequel on avait fait le vide, était muni d'un piston relié à un wagon directeur qui montait le train du Pecq au château de St Germain. Seulement deux expérimentations de ce système eurent lieu : en Irlande,  entre Kingstown et Dalkey et le Pecq et Saint-Germain. 

    9 Le Camp des Loges est une base militaire Française. De 1954 à 1966, il a abrité le Commandement des forces des États-Unis en Europe.
    Aujourd'hui c'est le centre d'entraînement du Paris Saint Germain (PSG).

  • 10 

Sources :

  • De Saint Germain-en-Laye à Marne-la-Vallée - Bordas, Gayda - L'Ormet - 1992
  • En coche, en tram, en bus… Le Paris Saint Germain - Desrue - Les Presses franciliennes - 2005
  • La ligne de Paris à St Germain, 1837 - AHCF - 2012
  • Le chemin de fer de Paris à Saint-Germain - Desmonts - Triel, Mémoire et histoire - 2014
  • Le matériel moteur et roulant des chemins de fer de l'État du Paris-St Germain (1837) au rachat de l'Ouest (1909) et à la S.N.C.F. -  Vilain - Dominique Vincent  - 1972
  • Le Pecq Saint Germain  - Cholet  - La Vie du Rail - 2007
  • Souvenir de St Germain en Laye - Office de Tourisme de St Germain - 1988
  • Géoportail - 1933
  •  

Sites :

 

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