Mémoire de la ligne
Projet de tramway à établir dans l'intérieur
de Boulogne-sur-Seine
Concession J. Bayard et Van Jinschoot-Roos
Marc André Dubout
| En 1878, MM. J. Bayard et Van Jinschoot-Roos proposent une concession pour une ligne reliant le centre de Paris (rue Lafayette) au Rond-Point de Boulogne, à Boulogne-sur-Seine, en desservant plusieurs secteurs : Saint-Lazare, Parc Monceau, les Ternes, l’Étoile, Passy, Auteuil, puis Boulogne-sur-Seine. À cette époque, on note déjà des progrès dans la conception des voitures, qui deviennent plus légères, ce qui rend les projets de transport urbain et suburbain plus réalistes. En février 1878, survient un malentendu : M. Van Jinschoot-Roos
se présente, un dimanche, à un rendez-vous avec le Conseil municipal
pour exposer un avant-projet relatif à l’établissement d’une ligne
de tramway entre Paris et Boulogne-sur-Seine. Or cet avant-projet
avait déjà été adressé au Ministre des Travaux publics, et soumis à
l’enquête d’utilité publique par le Département de la Seine.
L’objectif affiché est de rendre les communications plus denses
et plus accessibles, notamment pour les travailleurs et les
habitants des quartiers concernés.
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Concession J. Bayard et Van Jinschoot-Roos
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Archives
municipales de Boulogne-Billancourt
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Le 7 février 1878,
Les postulants à la concession écrivent à Messieurs les Membres du Conseil
municipal de Boulogne-sur-Seine.
Messieurs, j'ai eu l'honneur de vous adresser, à la date du 26 janvier dernier,
une demande d'audience pour vous soumettre les avantages que présente ma demande
en concession de tramways sur l'avant-projet soumis à l'enquête par l'
Administration.
Monsieur le Maire a bien voulu me faire savoir par lettre du 31 janvier, que je
serais reçu pour présenter mes observations, le dimanche 3 février à 10 heures ;
En conformité de cette invitation, je me suis rendu à la Mairie, accompagné de
M. Bayard, ingénieur de la Compagnie générale des tramways ; à l'heure indiquée
et ai fait parvenir immédiatement ma carte à votre honorable Président.
Mais après une heure d'attente, un de vos collègues M. J. est venu nous faire
connaître que vous veniez de décider :
- qu'il n'y avait pas lieu de nous recevoir attendu que le Conseil, s'étais
engagé vis à vis de MM. D., J, Et F. ; mais que l'enquête n'était pas favorable
à ces Messieurs, le Conseil se réunissant Dimanche à 10 heures examinerait notre
proposition.
Je n'ai pas à vous faire remarquer, Messieurs à ce que ce procédé a d'étrange et
je me demande encore pourquoi vous m'avez convoqué si vous ne vouliez pas
m'entendre ? Mon temps est aussi précieux que celui du Conseil municipal et j'ai
dû remettre plusieurs affaires sérieuses pour me rendre à votre invitation.
Sans se croire obligé d'appuyer mon projet, mais par respect pour le département
qui m'était occasionné, le Conseil aurait dû m'entendre.
Ceci dit ; je vais me permettre de vous faire remarquer que le Conseil municipal
n'est, et ne peut-être engagé à l'égard de MM. D., J., et F.
En droit : parce que le concession n'appartient pas à la Ville de Boulogne, mais
au Département, (voir lettre ministérielle du 18 juillet 1877).
En fait : Parce que l'honorabilité et la considération dont jouit à juste titre
le Conseil municipal de Boulogne, s'opposent à une protection personnelle sans
avoir au préalable examiné le projet le plus favorable aux intérêts de la
population et aux finances de la Ville.
Un engagement n'a pu être pris qu'envers la Direction des Travaux de Paris, qui
ne s'est décidée à mettre à l'enquête les tramways de Boulogne, qu'après une
contrainte du Département des Travaux publics et des nombreuses démarches que
nous faisions près de ce dernier.
Monsieur le Directeur des Travaux de Paris, protecteur avéré de la Compagnie des
Omnibus devait, malgré, enfin les décisions prises en 1872 par le Conseil
général de la Seine, devait, dis-je, nous le proposons et vous mettre en demeure
d'appuyer la ligne dont le point terminus est à la gare d'Auteuil ou pas de
tramways : C'était prendre ou à laisser
Voilà l'engagement, le seul que vous puissiez avoir pris ; mais qui ne peut être
admissible de la part d'un Conseil municipal républicain fort de son droit, et
secondé par un Conseil général soucieux des intérêts de chacun.
J'espère toutefois qu'avec l'appui que me donne les nombreux pétitionnaires de
Boulogne, Auteuil et Passy, nous parviendrons à doter votre Commune de la
communication directe que vous semblez lui refuser.
Parmi les pétitionnaires, nous avons remarqué, entre autres notabilités, les
signatures de MM. B, M., députés, etc.
Nous aimons à croire que le Conseil général comprendra le marché qui vous a été
imposé et ne permettra pas que la Ville de Boulogne, la seule de
l'agglomération, reste, malgré la décision que vous avez prise dans
l'éloignement où l'Administration préfectorale cherche à la maintenir et cela
pour complaire à une Compagnie privée.
Veuillez agréer...
Signé : Van Jinschoot-Roos
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Le 8 avril 1878, M. le Maire de Boulogne écrit au Ministre des Travaux publics pour solliciter de sa
haute bienveillance la concession des lignes de tramways ci-après :
1. du carrefour de rue de Lafayette et de Châteaudun à Boulogne-Sur-Seine (Rond-point de la Reine), environ 10,700 mètres ;
2. du même carrefour à Neuilly (boulevard du Château), environ 600 mètres ;
3. du même carrefour à Asnières (rue de la station, environ 5,650 mètres.
L'itinéraire de la première ligne comprend : la rue de Châteaudun, la place de la Trinité, la rue de Londres, la place de l'Europe, la rue de Madrid, la rue de Courcelles, l'avenue de la Reine Hortense, la place de
l'Étoile, l'avenue d'Eylau, l'avenue Malakoff, le Trocadero, la rue Francklin, la rue de Passy, La Muette, le
boulevard Beauséjour, le boulevard de Montmorency, la Porte d'Auteuil, la Grande
rue (route n° 19) le Rond-point de la Reine.
Une demande de prolongement vers Saint-Cloud vous sera adressée ultérieurement.
L'itinéraire de la seconde ligne comporte le même parcours que la première jusqu'au point d'intersection de l'avenue de la Reine Hortense et de la rue du Faubourg Saint-Honoré, qu'elle prend et se dirige jusqu'au boulevard du Château (Neuilly) par l'avenue des Ternes, la Porte des Ternes et l'avenue du Roule.
La troisième ligne a un parcours commun avec les deux précédentes jusqu'à la place de l'Europe, se dirige ensuite par : la rue de Constantinople, l'avenue de Villiers, le boulevard Malesherbes, la Porte d'Asnières, la Route d'Asnières jusqu'à Asnières.
Nous prenons dès à présent l'engagement d'exécuter et de mettre ces lignes en
exploitation dans le plus bref délai.
En ce qui concerne le projet de la ligne d'Asnières nous nous permettons M. le Ministre de vous
faire remarquer que la nombreuse agglomération de cette partie des Communes de Clichy et Levallois, ne possède que toutes les heures une communication avec Paris ; il n'y a donc la plus grande
nécessité de donner à ces quartiers travailleurs des moyens de locomotion plus fréquents.
Le projet de Neuilly supplée à une lacune dans les communications que cette Commune possède déjà ; en effet la population du quartier que nous comptons desservir est obligée de se rendre à une assez grande distance pour trouver des moyens de transport.
Nous joignons à l'appui de notre demande, les plans, un mémoire explicatif et un nouveau projet de tarif.
Nous avons la confiance la plus absolue, que vous voudrez bien engager le Département de la Seine à examiner avec bienveillance la demande que nous avons l'honneur de
vous adresser.
Daignez agréer...

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Monsieur le Ministre,
Le Gouvernement et le Département de la Seine en soumettant à l'enquête un projet de tramway à établir dans l'intérieur de Boulogne, ont reconnu
la nécessité de doter cette commune de ce mode de locomotion. MM. Frigério et Van Inschoot-Roos ont l'honneur de vous démontrer, ainsi
qu'au Conseil d'État que ce projet tel qu'il avait été conçu primitivement n'était pas viable ; que non seulement il donnait à l'exploitation un déficit annuel de 53 000 francs mais exposait le Département ou la Ville de Boulogne aux conséquence de l'article 20 du traité des concessions.
Des demandeurs sérieux ne peuvent accepter ce projet ; les tramways de Boulogne ne sont viables
ainsi que tous les tramways suburbains, qu'autant qu'ils possèderont une pénétration
suffisante dans Paris et encore faut-il que pour cette pénétration, on puisse établir un service intra muros.
La situation difficile qui est faite aux tramways Nord et Sud par le contrat intervenu entre eux et la Compagnie générale des Omnibus, en est un frappant exemple.
Nous avons cherché, par la pénétration, une combinaison qui puisse, tout en donnant à la population de
Boulogne la facilité d'être transportée au centre de Paris, procurer les éléments nécessaires à la rémunération des capitaux engagés.
Le tracé que nous sollicitons présente encore d'autres avantages : il met en communication directes et sans transbordement avec la rue
Lafayette, les quartiers d'Auteuil, Passy, Eylau et les Ternes, ce qui constitue une économie de temps ; au surplus sur tout le parcours indiqué dans notre demande, nous n'avons pas à faire usage des lignes de la
Compagnie générale des Omnibus.
Ne prenant que des rues vastes et spacieuses, aucune difficulté ne peut naître ; il serait oiseux de
produire, en ce qui touche certaines rues, une thèse d'autre temps en prétendant que les tramway ne peuvent être établis que dans de larges avenues
par crainte d'encombrement. Il est reconnu aujourd'hui que ce nouveau mode de transport est moins
encombrant que les lourds véhicules de la Compagnie général des Omnibus.
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Monsieur le Préfet de police qui, croyons-nous a parcouru les principales villes
de l'Europe a pu s'en convaincre ; aussi nous avons la conviction que cet
honorable fonctionnaire contribuera pour sa part à faire disparaître ces
préjugés qui trop longtemps déjà, ont tenu la Ville de Paris dans une
infériorité notable avec le progrès accompli dans les autres capitales.
De plus, le modèle des voitures que nous comptons adopter, ne ressemble en rien
aux voitures tramways de la Compagnie générale des Omnibus, qui, il faut le
reconnaître, sont lourdes, disgracieuses, ressemblant plutôt à des tapissières
qu'à des voitures-tramways et ne possède pas, comme notre modèle, un frein assez
puissant.
En ce qui concerne les observations faites à MM. Van Inschoot et Frigerio, sur
le prétendu privilège de la Compagnie des Omnibus, nous aimons à croire qu'elles
ne nous seront pas présentées, ces Messieurs vous ont surabondamment démonté, et
vous-même Monsieur le Ministre, l'avez reconnu, que ce privilège n'était basé
sur aucun traité, ni sur aucun décret.
Cette compagnie était parvenue à faire pénétrer dans certains esprits son droit
exclusif aux transports en commun, sans vouloir vous rappeler le texte des
traités antérieurs, il suffira de vous faire remarquer que cela aurait étendu
son droit sur les Bateaux-mouches et le Chemin de fer de Ceinture.
Nous savons que le Département de la Seine écartant les motifs invoqués par la
Compagnie des omnibus, reconnait cependant, non le droit, mais ma nécessité de
lui accorder tous les tramways à créer dans Paris, cela par une raison d'intérêt
général.
Que la Compagnie des Omnibus, en égard à sont traité de 1860, ait obtenu le
privilège d'un certain nombre de lignes, nous sommes prêts à l'admettre ; mais
pour une compagnie dont le capital n'excède pas 18 millions, lui concéder 250
kilomètres de tramways, dont elle n'a pu parfaire la construction qu'au moyen de
l'émission suffisante ? Réserver en faveur de cette compagnie tous les réseaux
de Paris et priver pour elle, les communes suburbaines d'une pénétration
intérieure serait excéder toute justice et porterait atteinte au droit commun
que doit essentiellement protéger le gouvernement qui nous régit.

Par l'introduction des tramways en Europe, une très grande activité s'est
produite dans toutes les villes qui ont adopté ce nouveau mode de transport.
Faut-il l'attribuer à la simple pose des rails sur la voie ?
Nous ne le croyons pas.
Les rails ont simplement donné la facilité de transporter un plus grand nombre
de personnes avec la même force de traction mais avec plus de rapidité et
partout d'établir des voitures plus vastes et plus spacieuses.
La popularité dont jouit ce mode de locomotion doit être attribuée la facilité
que les voyageurs ont de trouver constamment place dans des voitures de plus
grandes dimensions que les omnibus ordinaires et surtout de ne payer que pour le
trajet parcouru. Il ne peut-être admissible, en effet que l'on paie le même prix
pour se rendre à Asnières que pour aller à Versailles.
Paris seul et quelques villes de France, ont eu raison de cet esprit de routine,
maintenu un tarif uniforme par application du tarif des omnibus.
On n'ignore pas cependant que le bénéfice de l'exploitation réside plus dans un
renouvellement constant des voyageurs d'une voiture, que d'avoir celle-ci
complète du point de départ au point d'arrivés ; il faut donc par la réduction
du tarif rendre le renouvellement fréquent et engager le public, pour le moindre
trajet ; fut-il d'un kilomètre, à se service de ce nouveau moyen de locomotion.
Toutefois, cette réduction doit porter non en faveur du voyageur qui occupe une
place pendant toute le durée du trajet, mais en faveur de celui qui ne l'occupe
que momentanément. Tout doit se payer en raison du service rendu.
Cela démontre à toute évidence que le principe que nous préconisons est non
seulement avantageux à l'exploitation, mais tout aussi profitable au public.
Le tarif kilométrique est la seule base applicable aux tramways ; c'est le seul
tarif démocratique.
Mais, nous dira-t-on, vous rendez le contrôle et la perception difficiles.
Nous pourrions répondre à cela que c'est l'affaire de la compagnie et qu'elle
doit supporter les risques que ce mode de transport peut présenter ; mais nous
sommes convaincus que c'est là une erreur profonde et que par le système du
cadran, les compagnies ont éprouvé à différentes reprises bien plus de
préjudices.
Pour le public, aucun inconvénient ; chaque voyageurs reçoit comme sur les
chemins de fer, un coupon qui indiquera par sa couleur l'endroit où il se rend,
la distance kilométrique qu'il aura à parcourir et qu'il pourra contrôler par un
tableau placé dans chaque voiture indiquant le tracé de toute la ligne avec
indication de chaque kilomètre par une couleur correspondante à celle du coupon.
On nous objectera, sans doute, que quelques personnes ne comprendront peut-être
pas ce système, et que d'innombrables difficultés pourront en résulter.
Il en est de cela comme de toute chose nouvelle, ou faudrait-il que pour
quelques uns tout le public souffre ?
Au surplus ne sommes-nous pas dans la première ville du monde qui tient le
flambeau de l'intelligence ?
Nous ne ferons pas l'injure, aux parisiens, de les supposer moins aptes à
voyager que les Anglais, les Allemands, &a...
On nous dira aussi qu'un recollement des coupons sera nécessaire à la descente
des voyageurs ? Erreur !
Les coupons porteront un numéro d'ordre, correspondant au carnet à souche du
receveur, et ne pourront par cette raison, être mis en usage une seconde fois.
Pour le tarif de 0f,05c le kilomètre nous croyons devoir
rendre un service signalé à la population parisienne.
La raison de la traversée du Pont à péage d'Asnières le prix de cette ligne sera
de 0f,25c jusqu'aux fortifications.
En faveur de la population ouvrière, nous nous proposons d'établir ; par
voitures spéciales, matin et soir pendant une heure, un service à prix réduit de
0f,30c aller et retour des points extrêmes de Neuilly,
Clichy-Levallois, Boulogne, Asnières jusqu'au centre de Paris. La population
ouvrière des quartiers excentriques de Paris jouira des mêmes avantages au prix
de 0f,20c aller et retour.
Nous aimons croire que le principe démocratique de notre projet lui assurera un
accueil favorable.
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