Le carnet du CFC

Musée Marcelo Salado1 (industrie sucrière) à Cuba

MAD

Le chemin de fer cubain fut le premier construit en Amérique latine et est un des premiers au monde destinés au transport de la canne à sucre. Il fut inauguré le 16 novembre 1837.
Les premières locomotives à vapeur qui arrivèrent à Cuba vinrent de Grandre-Bretagne. Ce furent quatre Braithwaite semblables au modèle Rocket de Stephenson. La plus part des machines étaient des 130, 230, 240 et des 141. Elles furent toutes renumérotées en fonction de leur effort au crochet dans les années 1970. Leur écartement est standard (1435 mm) cependant il existe également des locomotives à voies étroites (2 pied 6 pouces).

 

 

Sur la route, notre car suivait une ligne de chemin de fer à voie unique jusqu'à la Ville de Remedio.
Un peu avant d'atteindre cette petite ville de province au bord de la voie une ancienne industrie sucrière de grande importance fut transformée en musée, le Musée Marcello Salado à Falla.

Parmi les quatre sucreries conservées à Cuba, c'est probablement la plus intéressante. On y trouve des récits historiques de la culture, d'esclaves, de l'industrie du sucre et des locomotives à vapeur.
Désaffectée en 1998, ce vestige industriel a été transformé en musée de l'industrie sucrière, ce qui lui a permis de survivre en conservant la mémoire de cette activité singulière liée à Cuba.

190501_04.jpg (51511 octets)Puis soudainement au détour d'un carrefour une locomotive 020T est présentée en piédestal sur un coupon de voie. On est alors plongé dans le mode des chemins de fer industriels et si le voyageur fait demi-tour et s'arrête pour visiter il ne sera pas déçu du temps qu'il y aura passé.

 

Santiago, notre guide très sympathique nous accueille comme savent le faire les cubains et nous félicite d'être venu visiter le musée.
C'est un ancien ingénieur mécanicien qui a travaillé dans la sucrerie, pendant plus de vingt  jusqu'à sa fermeture en 1998. Et c'est sans doute l'amour du métier qui l'a incité à rester dans les murs pour la faire visiter au public.

La Canne à sucre
La canne à sucre est une herbe géante tropicale de la famille des graminées, dont la tige a la particularité de stocker un sucre cristallisable, le saccharose. La transformation industrielle de ses tiges en sucre et en rhum est sa principale utilisation. Mais l’imposante masse végétale de cette plante est également convertible en énergie — combustible, charbon, biocarburant — et constitue aussi un véritable réservoir de molécules pour l’industrie chimique.

Pour extraire le sucre des cellules végétales, il faut le séparer des impuretés et éliminer l’eau dans laquelle le sucre est à l’état de solution.
Il y a quatre opérations au terme desquelles, le sucre est successivement extrait, purifié, concentré et cristallisé sans aucune altération ni transformation chimique. Afin de conserver toute leur richesse en sucre, les plantes sucrières doivent être transformées rapidement. C’est pourquoi les sucreries sont implantées à proximité des zones de culture.

Le processus de fabrication du sucre à partir de la canne
L'usine a été fondée en 1891. Toutes les machines sur le site sont d'origine américaine et toutes fonctionnaient à la vapeur.
La canne à sucre a été introduite à Cuba en 1511 et c'étaient les esclaves qui assurèrent les premières et artisanales productions de sucre.

Une fois arrivée sur le site, la canne à sucre passait dans un pressoir vertical, une première fois pour en extraire le jus puis une seconde fois pliée en deux pour que les mâchoires du pressoir puissent encore extraire le reste du jus. La troisième passe ne laissait presque plus de liquide dans la tige qui une fois séchée servait à alimenter les chaudières de l'usine.
Cette opération se faisait manuellement. Le pressoir était entraîné par des bœufs ou plus rarement par des chevaux.

 

190501_08.jpg (42037 octets)Ensuite, le jus extrait était chauffé dans les braseros pour obtenir une mélasse qui était ensuite filtrée. Une fois filtrée on laissait fermenter pour obtenir de l'alcool. Ce qui restait de cette opération était ce que l'on appelle le pain de sucre de couleur marron.
C'était le premier processus de fabrication artisanal cubain.

 

 

En 1865, la machine à vapeur fait son apparition à Cuba, le procédé de fabrication artisanal va laisser place à une industrialisation de la fabrication d'alcool
La fabrication change d'échelle et fait un bond vers l'industrialisation.

 

La canne à sucre récoltée dans les champs est transportée par chemin de fer jusqu'au site de production dans des wagons spéciaux, sorte de tombereau à claire-voie.
Elle sera ensuite déchargée par gravité dans une fosse aménagée dans le sol et la canne sera reprise par un tapis roulant et sera versée dans des moulins.

 

Dans cette sucrerie il y a en tout cinq moulins successifs. Dans le premier la canne aura une section d'une dizaine de centimètres. Dans le dernier la fibre broyée n'aura plus d'épaisseur et sera complètement sèche.

 

 

Le jus coulera dans des canalisations aménagées au pied des moulins jusqu'à une citerne avant d'être repris par des pompes vers des réchauffeurs. Le jus obtenu contient 80 à 85 % d'eau, 10 à 20 % de sucre et 0,7 à 3 % de composés organiques et minéraux.
Les fibres broyées et séchées (la bagasse) serviront à alimenter les chaudières.

Le jus obtenu contient la totalité du sucre présent dans la canne, mais également des impuretés qu’il faut éliminer (sels minéraux, composés organiques...). L’opération s'effectue par épuration calco-carbonique : une adjonction successive de lait de chaux (à base de pierres calcaires) puis de gaz carbonique (CO2) permet de former des sels insolubles et des précipités qui fixent les impuretés. 

 

190501_16.jpg (58487 octets)190501_17.jpg (51805 octets)Le mélange sera filtré puis chauffé à 115° avant de subir une décantation pour séparer le liquide du solide.
Le jus filtré contient environ 15 % de sucre et 85 % d'eau, dont une grande partie sera éliminée par évaporation.
Au terme de cette phase, le jus s'est transformé en sirop contenant 65 à 70 % de saccharose.
Le sirop achève sa concentration dans des évaporateurs à cuire travaillant sous vide pour éviter la caramélisation2. On y introduit de très fins cristaux (1 à 2 mm. ) qui vont ensemencer le sirop. La cristallisation se généralise et l'on obtient la «masse cuite», formée de multiples petits cristaux en suspension dans un sirop.
Le sucre brun (sucre de canne) sera séché par de l'air chaud et stocké pour terminer sa stabilisation avant de servir à la consommation ou l'exportation.

Une fois évaporé, il restera la mélasse3 qui sera séparée du cristal par centrifugation. Cette dernière sera envoyée dans les distilleries pour produire de l'alcool (bio-éthanol).

Deux types de rhum sont fabriqués
Le rhum est produit soit à partir de la distillation de jus de la canne (rhum agricole) soit à partir de la fermentation de la mélasse.
Dans cette distillerie, c'est à partir de la mélasse qu'est obtenu l'alcool.
La mélasse est diluée dans de l'eau, mélange dans lequel on ajoute des levures qui commencent la fermentation qui dure de 24 à 72  heures. En milieu anaérobique, le sucre se transforme en alcool. À ce niveau le degré d'alcool du vin de canne est d'environ une dizaine de degré.
On sépare les levures du vin de canne par centrifugation puis le vin est chauffé avant de passer dans les colonnes de distillation. Les différents plateaux de la colonne sont traversés par de la vapeur, l'alcool libéré par évaporation monte le long de la colonne alors que l'eau refroidie redescend en bas. Une fois refroidi, l'alcool sort par condensation. En modulant la quantité d'eau injectée dans la colonne, on joue sur le degré d'alcool obtenu.
À Cuba, c'est autour d'une centaine de degré.


Mais revenons vers nos machines

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Quelques modèles de machines à vapeur utilisées dans la sucrerie.

L'entreprise "Ames Iron Works" a été fondée en 1854 par Henry M. Ames aux US lorsqu'il a acheté Talcott & Underhill, fabricant de treuils pour navires grands lacs depuis environ 1840. La société était contrôlée par des membres de la famille Ames jusqu'en 1919, année de sa vente. C'était l’un des plus importants fabricants de machines à vapeur, chaudières tubulaires, machines fixes et portatives, etc.
Je n'ai pas pu voir en détail l'ensemble des machines, chaudières de l'usine, peut-être y avait-il d'autres constructeurs amériacains.

Sans oublier les nombreuses pompes (Worthington entre autres).
À ce sujet Worthington a construit des pompes beaucoup plus grosses
4 que celles que nous utilisons au CFC.

 

 

 


À Cuba, 90% de la population ne sait pas comment est fabriqué l'alcool ni les différents alcools produits. Les gens pensent que l'alcool est seulement pour faire du rhum.  
Une des productions concerne l'industrie des cosmétiques : 94°. Une autre est destinée à l'industrie pharmaceutique. 92°. L'agro-alimentaire, les cosmétiques, les bio-carburants, l'industrie chimique font usage de l'alcool.

Jusqu'à l'année 2000, la production de sucre était exportée vers les pays socialistes. Lorsque le système s'est effondré, le prix du sucre a chuté et Cuba, isolé, ne savait pas où exporter. Aucun échange commercial n'était possible à cause de l'embargo. Les usines, les plus ancienne du pays fermèrent. Il n'était plus possible d'acheter des machines modernes. Aujourd'hui toutes les machines sont allemandes, suisses, françaises, chinoises.
Quatre-vingt dix usines ont du fermer.
En 1990, Cuba produisait 6 millions de tonnes de sucre et aujourd'hui la production est seulement de 2 millions. En revanche Cuba produit, chaque année, dix millions d'hectolitres d'alcool. 
Une tonne de canne à sucre produit cent kilos de sucre. Une tonne de mélasse produit 300 litres d'alcool à 104°. Cuba exporte 45 % du sucre sur le marché européen et asiatique.

Voilà un rapide aperçu de l'ancienne activité de ce site qui a le charme d'être resté intact.


Mais le site présente également de nombreuses locomotives à vapeur (bien souvent des Baldwin) en voie normale et en voie étroite. D'ailleurs il n'est pas rare à Cuba de voir des machines exposées à un carrefour ou même dans la rue à La Havane, près de la gare centrale ou à Camaraguey sur la place de la gare..
Le manque de temps ne m'a pas permis de m'attendrir comme j'aurais aimé le souhaiter sur ces locomotives et mes photos, furtives, mal cadrées avec un mauvais appareil (mon téléphone) n'en sont qu'un triste témoignage mais je n'avais pas le choix., alors je les livre en vrac sans trop de commentaires.

Et cette petite draisine d'inspection, rustique stationnée dans la cour de l'usine.

 

 

 

Notes :
  • 1 Le Musée Marcelo Salado, était une ancienne sucrerie. Il présente maintenant toutes les étapes de fabrication du sure à partir de la canne à sucre. C'est également un musée du chemin de fer, où sont exposées de nombreuses anciennes locomotives à vapeur.
    Adresse : Batey Central Marcelo Salado, CUBA
  • 2 Caramélisation : polymérisation du sucre, sans qu'il soit brûlé ni carbonisé.
  • 3 La mélasse est essentiellement destinée à produire de l'alcool éthylique après fermentation alcoolique. Ce bioéthanol (C2H5OH) est essentiellement utilisé par l'industrie agroalimentaire (pour la production de spiritueux notamment), la parfumerie et la pharmacie ainsi qu'en biocarburant.
  • 4 Pompe Worthington de l'usine de Salindres (ex. Rhône-Poulenc) dans le Gard.

Sources :

 

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Draisine d'inspection des voies.